Les bois sacrés en Grèce Antique

Les bois sacrés en Grèce Antique
Entre mythes et réalités territoriales

Réalisation : Léa Pichard
Destinataire : Université Cergy-Pontoise
Année : 2015-2017

Travail de recherche historique
Inventaire et synthèse documentaire // Travail de recherches et analyse // Modélisation 3D // Rédaction


Les bois sacrés ou alsos en grec ancien, sont une typologie de sanctuaire très particulière en Grèce Antique. Ce sont des espaces sacrés qui ont comme particularité d’être végétalisé. En effet, les bois sacrés peuvent être un espace boisé naturel ou au contraire artificiel dont la plantation entoure les temples, présents à l’intérieur de cet espace sacré. Ce mémoire a permis dans un premier temps de reconstruire la perception de bois sacrés dans le paysage grec durant l’Antiquité, mêlant l’histoire à une approche géographique. La reconstruction culturelle du bois sacré a été permise grâce à l’étude des sources archéologiques qui ont révélés le schéma de plantation des bois sacrés artificiels, les sources littéraires qui permettent de reconstruire la perception imaginaire et réelle et enfin des sources épigraphiques qui permettent de connaître le quotidien de ces bois sacrés. Enfin, cette reconstitution s’est conclu par une modélisation spatiale du bois sacré.

La distinction entre bois sacré « artificiel » et « naturel »
Schématiquement, nous pouvons distinguer les bois sacrés en deux catégories distinctes. On trouve les bois sacrés « naturels » et « artificiel », c’est-à-dire construit par l’homme. Nous utilisons ici le terme « naturel » dans un souci de distinguer ces deux sortes de bois sacrés et en opposition avec les bois sacrés « artificiels ». En revanche, les bois sacrés dits « naturels » ne constituent pas des espaces isolés de l’intervention humaine. Mis à part quelque rares exemples, l’homme est toujours acteur à l’intérieur du bois sacré et peut le modeler selon ses envies.

RECONSTITUTION D’UN BOIS SACRé NATUREL

Le Territoire environnant
Le bois sacré s’inscrit d’abord dans un environnement ouvert et relativement peu boisé. Dans ce genre d’environnement, le regroupement d’arbres forme une anomalie dans le paysage grec et participe à la beauté, caractéristique de cet espace. Dans ce territoire environnant, se trouve régulièrement une source d’eau. Lorsque cette source d’eau n’est pas présente naturellement à proximité du bois sacré, l’homme aménage des puits, des fontaines ou même des infrastructures hydrauliques pour alimenter le bois sacré.

Les espèces végétales
Le cyprès dans un premier temps, puis le laurier, semblent dominer largement les espèces présentes dans les bois sacrés. En plus de ces espèces d’arbres, les sources mentionnent aussi des arbres « cultivés », c’est-à-dire des arbres fruitiers. Mis à part un seul exemple de bois sacré composé uniquement d’arbres fruitiers, ce qui semble bien prédominer, c’est la variété des essences d’arbres à l’intérieur du bois sacré, correspondant en majorité à la réalité du paysage méditerranéen antique.

L’espace Intérieur
Le bois sacré est délimité de ce territoire environnant par des frontières visibles et/ou des règlements spéciaux. La forme la plus courante dans le monde grec est la délimitation par bornes. Les délimitations n’ont cependant pas besoin d’être visibles pour qu’elles soient parfaitement concrètes aux yeux des Grecs anciens. Le lieu, grâce aux indices qu’il fournit à l’œil du voyageur, est suffisant pour déterminer s’il s’agit d’un lieu sacré. Dans le cadre des bois sacrés, on peut même penser que le regroupement d’arbres au milieu du paysage grec fournit une preuve suffisante.

Les éléments architecturaux
à l’intérieur des bois sacrés, dans un espace dégagé, des éléments architecturaux peuvent être érigés. Les trois éléments architecturaux les plus rependus sont le temple, l’autel et la statue. La somme de ces éléments est très variable à l’intérieur des bois sacrés.

Dans un second temps, la poursuite du travail a permis d’apporter une nouvelle clé de lecture en convoquant dans la perception de ces espaces sacrés des références omniprésentes à l’imaginaire mythique de l’âge d’or. L’âge d’or est un mythe retraçant un temps heureux, caractérisé par le bios automatos, une nature abondante et par la proximité particulière entre les hommes et les dieux. Le bois sacré en Grèce antique possède de nombreuses caractéristiques appartenant à l’âge d’or et de fait, sont des endroits propices pour un retour à cet âge. Cette recréation du temps de l’âge d’or à l’intérieur des bois sacrés n’est que temporaire dans la mesure où il est impossible, dans l’imaginaire grec, d’un retour complet à ce temps qui est, par définition, révolu et perdu. Le mythe de l’âge d’or est un fantasme perpétuellement répété, mais sans qu’un retour soit possible et envisageable.

Les caractéristiques des bois sacrés
– Une forte densité de matières : des arbres mais aussi de l’eau, des animaux et des hommes ;
– Une spécificité écologique et topologique : une distinction et séparation rigoureuse avec le paysage environnant ;
– Un contexte psychologique : ce sont des lieux de bonheur et de paix ;
– Un aspect esthétique : la beauté des bois sacrés ne fait plus aucun de doute.

RECONSTITUTION D’UN BOIS SACRé Artificiel

La reconstitution d’un bois sacré artificiel s’appuie sur les fouilles archéologiques réalisées autour du temple d’Héphaïstos sur l’Acropole d’Athènes. Ces fouilles ont démontré l’existence d’un bois sacré autour du temple grâce à la présence de trous de plantation. Les trous de plantations se situent en face des colonnes du temple et suivent l’alternance régulière des colonnes. Les conclusions des fouilles ont permis à l’archéologue de reconstruire le bois sacré qui entourait le temple du dieu Héphaïstos.