J’irais dormir chez vous

 
 

J’irai dormir chez vous.
Vie ordinaire et « extraordinaire » d’un noble d’épée entre Grenoble et Uriage.

Réalisation : Floriane Brion
Destinataire : Université Grenoble – Alpes
Année : 2014-2015

Travail de recherche historique
Inventaire et synthèse documentaire // Travail de recherches et analyse // Paléographie médiévale et moderne // Rédaction


De la Révolution Française en Dauphiné, nous connaissons les évènements de 1788 qui en furent les prémices. La Journée des Tuiles, l’assemblée de Vizille et les États provinciaux de Romans ont déjà été étudiés. La personnalité des meneurs comme Mounier ou Barnave, analysée par les historiens. A l’instar de ces hommes, d’autres, moins connus, participent aussi à ce moment crucial de l’histoire de France. Parmi la noblesse d’épée Grenobloise, certains font le choix de s’engager au côté du Tiers-état. Nicolas-François Langon est l’un de ces hommes. Contraint d’endurer les contrôles et l’hostilité permanente de la République, il fait pourtant partie de la noblesse grenobloise libérale, favorable aux réformes.

Entre vie ordinaire et «extra-ordinaire», ce travail de master porte un regard sur la vie quotidienne d’un noble grenoblois au moment de la Révolution Française. Alimentation, activités et loisirs, les inventaires de ses biens et l’étude de sa bibliothèque offrent un aperçu de son niveau de vie, de ses goûts et de l’arrivée des innovations du siècle.

Datés de 1794, les inventaires révolutionnaires des biens de Nicolas-François Langon, disponibles aux Archives départementales de l’Isère, permettent d’interroger sa vie quotidienne. Tout aussi intéressant que les inventaires après-décès, ils sont pourtant moins utilisés.

L’existence de deux relevés, l’un pour Uriage et l’autre pour Grenoble, permet une mise en parallèle. Il est ainsi possible d’opposer et de rapprocher une demeure principale urbaine et un château de campagne utilisé comme lieu de résidence secondaire. Permettant de dresser des listes de matériaux, d’objets et de meubles présents dans les différentes pièces, ces documents donnent une idée de l’agencement des lieux. L’étude du catalogue de la bibliothèque de Nicolas-François Langon réalisé par ses soins en 1808, ce fait l’écho d’intérêts culturels et intellectuels riches.

A partir de 1788, Langon le militaire devient député de la noblesse. Ralliant le Tiers-État pour défendre les privilèges des parlements, De Vizille à Versailles, il participe à tous les rassemblements des États-généraux provinciaux. Alors que la politique à l’encontre des émigrés et de leurs ascendants se durcie, Langon fait le choix de rester à Grenoble. Son fils, Hugues-Alexandre accusé d’avoir quitté le territoire, ce sont alors les biens de Nicolas-François qui sont placés sous scellés. Emprisonné en avril 1793 à Sainte Marie d’en haut, il perd une part considérable de sa fortune. Les sollicitations de l’administration sont nombreuses et les échanges complexes. Langon fait ce qu’on lui demande et essaye de récupérer ses biens, par le biais de quelques filouteries et de fausses déclarations. Bien que rédigé lors d’une période sortant de l’ordinaire, les documents en émanant nous renseignent aussi sur la vie ordinaire de Nicolas-François Langon.

Étude des inventaire
A Grenoble comme à Uriage, les lieux dans lesquels évolu Nicoles-François de Langon sont à l’image de la pénétration des innovations des lumières dans la province. Dans sa maison rue Créqui, le décor traduit le goût du siècle précédent, mais des «poêles» et un bain sont installés. Au château d’Uriage, les décors muraux, les couleurs des objets et la présence de nouveaux matériaux comme des carreaux de verre, refléte la pénétration de la mode du XVIIIe siècle. Bien que chaque demeure ai ses spécificité, la « spécialisation des pièces » est visible à l’intérieur des deux lieux. Uriage, moins accessible, jouit d’une plus grande capacité d’accueil. Certaines activités de la ville sont transportées au château. Le déplacement des élites vers la campagne en fait un lieu de sociabilité et d’activités privilégiées. La maison de Grenoble, semble quant à elle tourner vers un apparat plus sobre, plus érudit.

Étude de la bibliothèque
Au XVIIIe siècle, la présence de livres dans les maisons est quasi systématique. Les bibliothèques les plus garnies appartiennent principalement à la noblesse de robe. A Grenoble, les collections parlementaires, considérées parmi les plus importantes comptent en moyenne 416 titres. Forte de 783 titres pour un total général de 1548 volumes, la bibliothèque de Nicolas-François de Langon fait figure de belle collection. Homme curieux, intéressé par les nouveautés et les événements qui lui sont contemporains, Langon appartient à l’élite grenobloise empreint de l’esprit des lumières. Si l’on retrouve chez lui de nombreux ouvrages tournés vers le passés, l’étude des titres dévoile son affection pour la nouveauté. Certes, notre homme lit des ouvrages antiques mais s’intéresse aussi à la vision de ses contemporains sur cette période. Certes, il accorde beaucoup d’importance à l’histoire de France et à celle de la Province, mais en accorde tout autant à l’histoire du temps présent. Sa possession de nombreux titres de droit, fait d’ailleurs écho à son implication politique.